Nude
Tatoos and scares
Portraits
Textures
Game
Garbages stories
Inside
Kitcheries culinaires
Outside
à venir
Brides de vies, brins d'envies, grains de folies
Je m'appelle Anna
Ou peut-être bien Sophie.
Donne-moi le nom qui te plaira.
Et surtout, garde-le pour toi.
N'en souffle pas une lettre aux autres ici, ceux qui nous épient.
J'ai volé une petite tête.
Elle était posée comme ça, sur ce lit.
La vois-tu? Regarde, approche...
Sept petites balles d'émail montées sur un fil d'acier.
Le carmin déborde, goulu.
Les corolles de ciel embrassent deux fleurs au coeur noir.
La dune, en tapis de l'haine.
Il y a longtemps, au creux de ma main, c'était ton coeur que je pressais tout petit,
tout petit,
tout petit..
A hauteur ...
... de nos souffles, tu respires avec peine.
Des peaux griffonnées de matin.
En ligne maladroite, des tâches de saveur patientent tour à tour pour s'évanouir aux pieds de l'arc en miel.
Une ombre pâle s'attarde encore sur le grain de nos ébats.
Des cercles sombre-acier étouffent une valve, puis deux.
Un pli,
se replie
puis s'oublie
en un minuscule origami.
Il reste
à tisser des suaires séchés au crin de nos erreurs.
Nos fils amants, tellement usés jusqu'à céder.
Que crains-tu encore?
Ne vois-tu pas que le soleil est mort..
Le bouillant de son feu gèle déjà et toi, tu cherches en son derme les coutures encore fraiches.
À trop brûler, les lanternes siamoises ne luisent plus qu'à l'encre des papiers chiffonnés.
Lundi jaune
Mardi rouge
Mercredi bleu
Jeudi orange
Vendredi vert
Samedi blanc
Dimanche marron
Invariablement
Il s'appelle Francis.
Il est là, le vieux, dans le hall de cette banque vers Mont-Royal.
23 heures.Moins 20 degrés dans les rues de Montréal.Il se réchauffe, le vieux.Il m'accoste avec la verve d'un comédien.Ses relans d'alcool me prennent à la gorge.Il porte un bonnet de Père Noël en feutrine bon marché.Il serre ma main gantée puis la porte à sa bouche dans un baise-main malhabile. Sa paume est noire, des traces cuivres dans les sillons.
"Tu vois, je vais colorer ma barbe tout en blanc, là, partout! Et puis je vais mettre mon costume rouge et avec d'autres Pères Noël on va aller voir les enfants!!
Alors j'ai mes bières dans le coin, là, elles sont vides, mais y'a une dame qui m'en a acheté une tout à l'heure! Et puis ça m'a bien réchauffé!Et il me manque 35 cennes pour m'en payer une autre.."
Tout en l'observant, je fouille dans ma sacoche. Il sourit de ses dents abimées. Un grand sourire d'alcool chaud. Je tends un dollar. Il me répond avec malice: " J'rends pas la monnaie ! ".
Je ris.
"Tu as de belles dents, elles sont toutes blanches!".
Il m'a demandé mon prénom. Puis mon numéro de téléphone, pour la blague. Ensuite,je l'ai laissé là, dans ce hall, le vieux.
Des gens, nombreux, sont entrés. Il m'a crié: " Je n'oublie jamais un prénom!Jamais ".
Sur le chemin du retour, j'ai raté ma station de métro.Je suis passée chez le jeune Chinois et j'ai acheté une bière. Une seule.
Une Belle Gueule.
Francis, je n'ai pas retenu ton prénom.
Mes dents sont toutes blanches.
Tout à l'heure, avant de me coucher au chaud des draps, j'irai les laver.
Avant, je vais finir de classer les photos de cette autre nuit,où seules les lumières d'hiver interpellent et figent l'attention des hommes.
Hier il m'a invitée à diner.Le musicien.
Non non-merci.
Je n'ai pas faim. Tes notes n'ont pas de goût, elles glissent sur mon palais.
Je veux manger des pigments.
Rouge Cardinal ou Rouge Carmin.
En camaïeu.
Des grains âpres...
...et velours jalonnent les galbes de toi.
Serpentent en dedans de fines canules bleu-sang.
Tu as, au tropique de ta gorge, un cerne boursouflé au carmin délavé.
Des morsures sel et miel offertes aux sucs de lèvres arides.
Les tâches brunes, dociles, frayent un sillon au sein tendu.
Une autre fois, aux abscisses de tes assauts, sous la patine de mains gourmandes, tremblait une constellation d'agates.
Puis,
En éclipse dans l'orage de tes beautés,
un souffle.
Sur la carte de tes trésors, tu fouilles sans cesse les vestiges d'un frôlement.
Dernier vol au vent des territoires absents...
Ça se mange le rien?
Cette nuit, j'ai traversé un conte.
Une histoire d'allumettes, de princesses, d'un bossu, de couleurs, du Prince Bleu et d'araignées...
Avant,
Le jeune Chinois.
Je lui achète mes cigarettes. Il voit souvent arriver cette fille la tête un peu ailleurs, le jeune Chinois.
Il m'accueille toujours avec un grand et vrai sourire. Il a les yeux rire.
On parle de terres d'ailleurs, des lubies du temps, des gens d'ici et de là-bas.
Je fais toujours mine de ne pas me souvenir du nom des brûle-poumons qui oxygènent mes nuits. Et lui aussi.
A chaque fois.
Alors je lui souffle: "bleues.Elles sont bleues". En petit paquet. Pétille à l'oeil, il entre dans mon jeu:
il tâtonne une à une les rangées de couleurs, attentif, jusqu'au mot magique:
" Oui! Celles-là ! "
Ensuite, il m'offre des allumettes, le jeune Chinois.
Il ouvre une petite boite en carton comme s'il m'offrait les plus belles pierres de son coffre à joyaux. Le rose aux joues, je pioche dans son trésor avec gourmandise et j'en remplis mes poches comme une gamine.
Puis il me glisse: "Fais attention à toi...".
Ses allumettes ouvrent mes nuits et j'aime à penser qu'elles me protègent.
...
Après,
Une ombre s'est approchée dans le scintillement de la neige. Une femme, vêtue de noir. Elle m'a demandé du feu pour griller son crève-poumon. Je lui ai donné une boite d'allumettes.
Nos sourires se sont mêlés. Et puis elle a disparu au coin de la nuit. Ombre brouillée. J'aurais voulu lui dire, à la femme en noir, que c'était le joyau d'un jeune Chinois qu'elle emportait entre ses doigts.
Sur le sol de ce métro. Là où les ombres s'animent. J'ai croisé le regard d'un homme sur le quai d'en face. Vêtu de noir.De peau.Il s'est arrêté.Immobile.
Il a observé la fille aux poches pleines d'allumettes.
Soudain, il s'est échappé en courant vers les escaliers.
En entrant dans la rame, je l'ai vu, à quelques mètres de là. Il avait couru jusqu'à moi. Il s'est assis quelques places plus loin. Quand il m'a observée, j'ai souri à son reflet, pensant: "Je n'ai pas de pantoufle de vair, tu sais. Mais sais-tu où se trouve mon Prince Bleu? ".
J'ai songé aux innombrables princes et princesses qui se cherchent dans les couloirs de l'existence sans jamais se trouver.
Puis je me suis échappée, en courant vers les escaliers.
....
Dans cet endroit au nom qui fait sourire les enfants et les grands. Cette grosse araignée. Et puis cette autre. Je repense à celles de Louise Bourgeois que j'ai effleurées, un jour à Paris. Matrice.
Puis j'ai croqué en couleurs le visage de cette douce et belle amie. Miroir... aux yeux de celui qui t'aime, oui, tu es la plus belle.
Je suis dehors, devant la porte de ce restaurant. J'ai laissé les autres au chaud avec leurs discussions de grands.
Je brûle les blondes, la face au vent.Je joue avec une troisième, la prochaine.
Telle une araignée dégingandée, un vieux est arrivé, bossu par le poids des sacs mités, sa maison harnachée sur le dos.
Il m'a dit:
"Je peux t'acheter une cigarette ?"
"Je te la donne, la cigarette.."
Le vieux bossu a approché un briquet usé près de ma gorge.
Un briquet vert foncé.
Avec l'application d'un enfant, il a soufflé sur le grain qui enraillait la pierre. J'ai vu les traces de poussière se dessiner dans l'air, interdite, fascinée par ce geste d'une telle beauté.
Mais le feu était fébrile, fatigué et engourdi par les longs voyages..Le vent cinglant a éteint le foyer..
Alors le vieil homme a ôté le mégot fumant de sa bouche et l'a porté à ma troisième cigarette, la prochaine, juste à l'entrée de mes poumons, pas si loin du coeur. De sa main grise, j'ai aspiré l'air de feu, des lumières incandescentes accrochées tout au bout.
J'aurais voulu lui dire: "Tu sais, je voulais te donner des allumettes, c'est un jeune Chinois qui me les a offertes, mais puisque tu veux me confier une flamme, je la prends et je la garderai vive, longtemps".
J'ai recroisé le bossu, les fondations de sa vie accrochées à ses reins.
Dans l'avenue enneigée, trois matelas abandonnés, recouverts d'une écume de glace. Et je pense à ton lit de poussière, toi, l'amie.
Dans les contes de fée, on peut réveiller les morts par un baiser. Je lève la tête au vent, puis je souris.
Je suis rentrée avant minuit.
Le temps de griller quelques allumettes.
Cette nuit, les vents étaient furies, les paillettes de neige virevoltaient au creux du sentiment profond d'être vivant.
Les contes de ma vie ne vieilliront pas. Je les garderai tatoués en moi jusqu'au jour où je ne pourrai plus modeler la terre que par l'empreinte de mon corps froid.
Tâcher les pages de son existence avec ses biles.
Éponger avec une fleur de thé.
Un peu plus loin
Il y avait des fissures. Par milliers.
Des craquellements, des plaques de froid brisées par les rances coeurs.
Ce n'était pas un bleu océan, celui qui nous laisse entrevoir les lumières d'un soleil boréal.
Non.
C'était un bleu vitreux, opaque, mort dans l'oeil brûlé d'avoir trop approché le feu.
Tu me fais sourire.
Tu as mal?
Un cristal de neige écorche ta rétine? Tu ne peux l'ôter, il est trop profondément enfoncé.
Si tu t'y essayes, les veines de ton corps vont s'assécher et te rendront exsangue d'aimer.
Vois cette flaque des amants torturés. Tous ont arraché de leurs yeux des éclats d'éternité.Leurs Amours,alors, ont fondu en infinis filets de sel que même l'eau ne peut avaler.
Apprivoise cette douleur et réapprends à lire à travers son prisme.
Je veux dormir chez toi.
Sans toi.
J'ai longtemps cherché ces deux fleurs de thé.
Il est écrit: « Evasia, Thé vert, fleur d'amour ». Je les garde recroquevillées au creux de moi. Les nervures accrochées au gelé. Je les réchauffe de ma paume.
Quelques perles d'eau. Juste un léger filet chaud.
Goutte après goutte.
Un clin d'oeil toutes les trois secondes.
Et 21 grammes.
Des milliards d'histoires personnelles.
Chacun est occupé à extraire ses propres vestiges en un long et difficile chantier.
Fouiller dans son archéologie, trouver les fondations qui articulent ce que nous sommes.
Laisser enfouies les reliques qui...
Et exhumer les précieuses boites de nos vies.
Les instantanés, ces images qui s'effacent et réécrivent nos palimpsestes intimes.
Multiples nervures, arborescences fascinantes, flux dhumains enchaînés par un même et si court souffle.
Et si...
Elle était cachée tout au fond de ma poche.
La boite à musique.
Elle n'est pas rouillée, à peine ankylosée, des minuscules tétons de sons collés à son ventre.
Veux-tu la faire chanter?
Tu as oublié?
Pose simplement ta paume aux cordes de sa voix et fais-la glisser au profond de tes chairs.
Tu y trouveras des la, des mi, des fa.
Mais prends garde, la mélodie est jonchée de si..
et si..
et si....
Les si s'écrasent toujours en bulles de cendre sur le sol de nos mirages.
Et parfois, alors qu'on pense leur avoir échappé, eux qui nous assaillent et nous empêchent de composer sur la partition de nos Idylles, ce sont alors les soupirs qui nous font trébucher..
Alors méfie-toi et ne perds pas la clé.
Une autre fois, je chanterai pour toi.
Pas une ballade ni un air d'opéra. Non.
Juste quelques notes nouées au roulement de tes doigts.
******** Soundtrack by Emeraldia***********
******** Soundtrack by Emeraldia
http://www.myspace.com/emeraldiasounds
From 28/09/2010 until 22/11/2010
The Bigger small book about the Moon : "Quartier Libre" from Laurent Laveder and Sabine Sannier.Including one of my texts " Babilles de quartier ". October 2010.
On Nuif Off- Five hours of programmation about my work, with my recorded texts and favourites songs. March 2010
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