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Je m'appelle Anna

 

Ou peut-être bien Sophie.

Donne-moi le nom qui te plaira.

Et surtout, garde-le pour toi.

N'en souffle pas une lettre aux autres ici, ceux qui nous épient.

J'ai volé une petite tête.

Elle était posée comme ça, sur ce lit.

La vois-tu? Regarde, approche...

Sept petites balles d'émail montées sur un fil d'acier.

Le carmin déborde, goulu.

Les corolles de ciel embrassent deux fleurs au coeur noir.

La dune, en tapis de l'haine.

Il y a longtemps, au creux de ma main, c'était ton coeur que je pressais tout petit,

tout petit,

tout petit..

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A hauteur ...

 

... de nos souffles, tu respires avec peine.

Des peaux griffonnées de matin.

En ligne maladroite, des tâches de saveur patientent tour à tour pour s'évanouir aux pieds de l'arc en miel.

Une ombre pâle s'attarde encore sur le grain de nos ébats.

Des cercles sombre-acier étouffent une valve, puis deux.

Un pli,

se replie

se replie

se replie

puis s'oublie

en un minuscule origami.

Il reste

à tisser des suaires séchés au crin de nos erreurs.

Nos fils amants, tellement usés jusqu'à céder.

Que crains-tu encore?

Ne vois-tu pas que le soleil est mort..

Le bouillant de son feu gèle déjà et toi, tu cherches en son derme les coutures encore fraiches.

À trop brûler, les lanternes siamoises ne luisent plus qu'à l'encre des papiers chiffonnés.

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Il s'appelle Francis.

Il est là, le vieux, dans le hall de cette banque vers Mont-Royal.

23 heures.Moins 20 degrés dans les rues de Montréal.Il se réchauffe, le vieux.Il m'accoste avec la verve d'un comédien.Ses relans d'alcool me prennent à la gorge.Il porte un bonnet de Père Noël en feutrine bon marché.Il serre ma main gantée puis la porte à sa bouche dans un baise-main malhabile. Sa paume est noire, des traces cuivres dans les sillons.

"Tu vois, je vais colorer ma barbe tout en blanc, là, partout! Et puis je vais mettre mon costume rouge et avec d'autres Pères Noël on va aller voir les enfants!!

Alors j'ai mes bières dans le coin, là, elles sont vides, mais y'a une dame qui m'en a acheté une tout à l'heure! Et puis ça m'a bien réchauffé!Et il me manque 35 cennes pour m'en payer une autre.."

Tout en l'observant, je fouille dans ma sacoche. Il sourit de ses dents abimées. Un grand sourire d'alcool chaud. Je tends un dollar. Il me répond avec malice: " J'rends pas la monnaie ! ".

Je ris.

"Tu as de belles dents, elles sont toutes blanches!".

Il m'a demandé mon prénom. Puis mon numéro de téléphone, pour la blague. Ensuite,je l'ai laissé là, dans ce hall, le vieux.

Des gens, nombreux, sont entrés. Il m'a crié: " Je n'oublie jamais un prénom!Jamais ".

Sur le chemin du retour, j'ai raté ma station de métro.Je suis passée chez le jeune Chinois et j'ai acheté une bière. Une seule.

Une Belle Gueule.

Francis, je n'ai pas retenu ton prénom.

Mes dents sont toutes blanches.

Tout à l'heure, avant de me coucher au chaud des draps, j'irai les laver.

Avant, je vais finir de classer les photos de cette autre nuit,où seules les lumières d'hiver interpellent et figent l'attention des hommes.

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Hier

 

 

il m'a invitée à diner.Le musicien.

Non non-merci.

Je n'ai pas faim.

Tes notes n'ont pas de goût, elles glissent sur mon palais.

Je veux manger des pigments.

Rouge Cardinal ou Rouge Carmin.

En camaïeu.

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Des grains âpres...

...et velours jalonnent les galbes de toi.

Serpentent en dedans de fines canules bleu-sang.

Tu as, au tropique de ta gorge, un cerne boursouflé au carmin délavé.

Des morsures sel et miel offertes aux sucs de lèvres arides.

Les tâches brunes, dociles, frayent un sillon au sein tendu.

Une autre fois, aux abscisses de tes assauts, sous la patine de mains gourmandes, tremblait une constellation d'agates.

Puis,

En éclipse dans l'orage de tes beautés,

un souffle.

Sur la carte de tes trésors, tu fouilles sans cesse les vestiges d'un frôlement.

Dernier vol au vent des territoires absents...

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Ça se mange le rien?

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Cette nuit

 

j'ai traversé un conte.

Une histoire d'allumettes, de princesses, d'un bossu, de couleurs, du Prince Bleu et d'araignées...

Avant,

Le jeune Chinois.

Je lui achète mes cigarettes. Il voit souvent arriver cette fille la tête un peu ailleurs, le jeune Chinois.

Il m'accueille toujours avec un grand et vrai sourire. Il a les yeux rire.

On parle de terres d'ailleurs, des lubies du temps, des gens d'ici et de là-bas.

Je fais toujours mine de ne pas me souvenir du nom des brûle-poumons qui oxygènent mes nuits. Et lui aussi.

A chaque fois.

Alors je lui souffle: "bleues.Elles sont bleues". En petit paquet. Pétille à l'oeil, il entre dans mon jeu:

il tâtonne une à une les rangées de couleurs, attentif, jusqu'au mot magique:

" Oui! Celles-là ! "

Ensuite, il m'offre des allumettes, le jeune Chinois.

A chaque fois.

Il ouvre une petite boite en carton comme s'il m'offrait les plus belles pierres de son coffre à joyaux. Le rose aux joues, je pioche dans son trésor avec gourmandise et j'en remplis mes poches comme une gamine.

Puis il me glisse: "Fais attention à toi...".

A chaque fois.

Ses allumettes ouvrent mes nuits et j'aime à penser qu'elles me protègent.

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Après,

Une ombre s'est approchée dans le scintillement de la neige. Une femme, vêtue de noir. Elle m'a demandé du feu pour griller son crève-poumon. Je lui ai donné une boite d'allumettes.

Nos sourires se sont mêlés. Et puis elle a disparu au coin de la nuit. Ombre brouillée. J'aurais voulu lui dire, à la femme en noir, que c'était le joyau d'un jeune Chinois qu'elle emportait entre ses doigts.

Après,

Sur le sol de ce métro. Là où les ombres s'animent. J'ai croisé le regard d'un homme sur le quai d'en face. Vêtu de noir.De peau.Il s'est arrêté.Immobile.

Il a observé la fille aux poches pleines d'allumettes.

Soudain, il s'est échappé en courant vers les escaliers.

En entrant dans la rame, je l'ai vu, à quelques mètres de là. Il avait couru jusqu'à moi. Il s'est assis quelques places plus loin. Quand il m'a observée, j'ai souri à son reflet, pensant: "Je n'ai pas de pantoufle de vair, tu sais. Mais sais-tu où se trouve mon Prince Bleu? ".

J'ai songé aux innombrables princes et princesses qui se cherchent dans les couloirs de l'existence sans jamais se trouver.

Puis je me suis échappée, en courant vers les escaliers.

....

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Après,

Dans cet endroit au nom qui fait sourire les enfants et les grands.

 

 

Cette grosse araignée.

 

 

 

Et puis cette autre. Je repense à celles de Louise Bourgeois que j'ai effleurées, un jour à Paris.

 

 

 

Matrice.

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Puis  j'ai croqué en couleurs le visage de cette douce et belle amie.

 

Miroir... aux yeux de celui qui t'aime, oui, tu es la plus belle.

...

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Je suis dehors

 

devant la porte de ce restaurant. J'ai laissé les autres au chaud avec leurs discussions de grands.

Je brûle les blondes, la face au vent.Je joue avec une troisième, la prochaine.

Telle une araignée dégingandée, un vieux est arrivé, bossu par le poids des sacs mités, sa maison harnachée sur le dos.

Il m'a dit:

"Je peux t'acheter une cigarette ?"

"Je te la donne, la cigarette.."

Le vieux bossu a approché un briquet usé près de ma gorge.

Un briquet vert foncé.

Avec l'application d'un enfant, il a soufflé sur le grain qui enraillait la pierre. J'ai vu les traces de poussière se dessiner dans l'air, interdite, fascinée par ce geste d'une telle beauté.

Mais le feu était fébrile, fatigué et engourdi par les longs voyages..Le vent cinglant a éteint le foyer..

Alors le vieil homme a ôté le mégot fumant de sa bouche et l'a porté à ma troisième cigarette, la prochaine, juste à l'entrée de mes poumons, pas si loin du coeur. De sa main grise, j'ai aspiré l'air de feu, des lumières incandescentes accrochées tout au bout.

J'aurais voulu lui dire: "Tu sais, je voulais te donner des allumettes, c'est un jeune Chinois qui me les a offertes, mais puisque tu veux me confier une flamme, je la prends et je la garderai vive, longtemps".

...

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J'ai recroisé le bossu, les fondations de sa vie accrochées à ses reins.

Dans l'avenue enneigée, trois matelas abandonnés, recouverts d'une écume de glace. Et je pense à ton lit de poussière, toi, l'amie.

Dans les contes de fée, on peut réveiller les morts par un baiser. Je lève la tête au vent, puis je souris.

Je suis rentrée avant minuit.

Le temps de griller quelques allumettes.

Cette nuit, les vents étaient furies, les paillettes de neige virevoltaient au creux du sentiment profond d'être vivant.

Les contes de ma vie ne vieilliront pas. Je les garderai tatoués en moi jusqu'au jour où je ne pourrai plus modeler la terre que par l'empreinte de mon corps froid.

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Tâcher les pages de son existence avec ses biles.

Éponger avec une fleur de thé.

J'ai longtemps cherché ces deux fleurs de thé.

Il est écrit: « Evasia, Thé vert, fleur d'amour ». Je les garde recroquevillées au creux de moi. Les nervures accrochées au gelé. Je les réchauffe de ma paume.

Quelques perles d'eau. Juste un léger filet chaud.

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Un peu plus loin

Il y avait des fissures. Par milliers.

Des craquellements, des plaques de froid brisées par les rances coeurs.

Ce n'était pas un bleu océan, celui qui  laisse entrevoir les lumières d'un soleil boréal.

​Mais un bleu vitreux, opaque, mort dans l'oeil brûlé d'avoir trop approché le feu.

Tu me fais sourire.

Tu as mal?

Un cristal de neige écorche ta rétine? Tu ne peux l'ôter, il est trop profondément enfoncé.

Si tu t'y essayes, les veines de ton corps vont s'assécher et te rendront exsangue d'aimer.

Vois cette flaque des amants torturés.

Tous ont arraché de leurs yeux des éclats d'éternité.

Leurs Amours ont alors fondu en infinis filets de sel que même l'eau ne peut avaler.

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Je veux dormir chez toi.

Sans toi.

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Elle t'a niqué ta concubine.

Dix sept fois.

Martèle  la mémoire. 3 heures, 4 heures, 5 heures la nuit. Dans le silence de mes draps.
Et puis parfois à midi aussi.

Pique la veine. Pique. Il reste une pièce de peau, là, ne vois-tu pas ?
Morphine, ta belle chérie. Elles t'usent au sang tes petites chéries :.Cocaine, Héroine, Methadone, Morphine.  La voilà ta nouvelle concubine. Morphine. Tu cries, tu supplies : «  ne rentre pas, je ne veux pas que tu me vois comme ça ». Je fonce, petite crétine suffisante. La morale, je la connais moi. Les bons mots je les maîtrise, moi. Toujours été douée pour les grands discours  dégoulinants de bons sentiments, j'ai l'écoute rassurante.  La haine elle coule  sur  moi, elle se liquéfie.

« Qu'est ce qu'elle fait cette autre  pute chez toi, celle qui bouge son cul pour les mecs  comme toi ?  Elle prend combien ? C'est ta femme ? Ok. Elle te suce gratos au moins ? »

Ils défilent chez toi tes amis. Ils  restent jamais bien longtemps, pourquoi ? Explique-moi,  je décode pas. Moi je savais pas que les cochons ça bouffe  les macchabées, pfuit, disparus les os  et les dents. Contrat sans traces. Jambon purée, toujours arrière pensée. Shoot en pleine gueule.

Qu'est ce que je fous là, c'est quoi ce film bordel ? Tout ici est tellement hors de moi, de ce que je suis, de ce qu'on m'a appris. A moi, on m'a appris que la vie est pleine de promesses, qu'il faut en jouir au-delà de ses saloperies. Ok, sale pedigree. Ok.  ton   père  toxico taulard, ta mère ex punk alcolo. Ton père, tu le hais, il aime te tabasser. Ta mère, elle est ce qu'elle est, avec ses roulées et ce môme qu'elle sait pas gérer. Il y a en qui naissent dans la merde, comme on dit. Et alors ? Le fumier,  ça part au lavage non ?

Barrez-vous ! Vermine puante, barrez-vous d'ici ! Elles coulent mes larmes sur ce monde qu'on m'avait caché.

Viens chez moi, on va  gérer ce genre de dégâts, viens, je t'emmène loin de ton cloaque à rats. Papa, maman, on va le sortir de là.
Dans cette bagnole, tu trembles, tes veines explosent la faim. Tu veux encore qu'elle te baise ta concubine. Tu te vides, tu dégueules,  tu gicles la merde à travers les pores.Oui, tu crèves de froid, tes dents claquent, t'es tordu  sur le siège. J'ai mis « Supernature » de Cerrone,  je chante pour réchauffer ton froid.

Papa, Maman, je  vous laisse pas le choix. Vous le connaissez ce p'tit gars là.

T'as salopé les draps.  A ce qui parait, ça fait ça. A table, tu baisses les yeux devant mon père, le seul mec que t'aies  craint et respecté dans ta putain de vie. T'aurais voulu être son fils à mon père. Soudain t'en peux plus de ce froid qui monte en toi, de cette pute qui  te suce pas. Il faut que tu craches le mal. Le chien est là, à te gratter la main. Tu lui colles ton pied dans le ventre  et tu le flanques au mur. Il hurle,  il pleure mon chien, j'ai mal pour lui, mal pour toi, mal pour moi, pour nous tous là. Les  parents restent mués, dépassés, désarmés, figés dans l'impossible défi que je leur impose :   faire décrocher un junkie à la force de l'utopie.

Tu m'as dit : «  il y a une règle, une seule : vendre mais jamais toucher ». T'as dérapé, mec. T'as tout niqué.  Fallait revoir ton business plan. T'as fauché ton stock. Jamais toucher tu disais. Faire son pognon, son blé, sa tune, son fric, mais jamais toucher. T'as pas géré. T'as sniffé  la ligne. Vite tu l'as dépassée.

T'as commencé par quoi ? Ah oui, c'est vrai.  Des bouts de merde  sur un air d'ACDC. Les cours tu les séchais. De toute manière, les profs  pouvaient pas te blairer. Ils t'avaient testé, «  t'es un surdoué  », qu'ils disaient mais un putain d'enfoiré  qui voulait pas trimer. Après t'as dû enchaîner   les cachets et les petits buvards, ç'est comme ça que ça s'est passé ?

Viens on se barre à Londres, on disparaît. Tu m'as dit : « Dans n'importe quel endroit je renouerai. C'est mon milieu, j'aime ça, j'en décrocherai jamais ».

Silence. Un an ? Deux ans ? Trois ans ?
Maman m'a appelé ce jour de juin : « il faut que je te parle de lui. J'ai acheté le journal aujourd'hui. ».  Stop. J'ai hurlé, les spasmes au corps, je te croyais crevé. C'était pire,  plus monstrueux encore. Enfer ici. 

La Belle et la Bête qu'on aurait pu nous appeler : toi le paumé, moi la bien élevée, pas peu fière d'avoir apprivoisé la terreur du lycée. J'ai peur, je tremble, j'ai froid et toi ? Je te connais. C' est pas toi. Ce vieux, tu l'as pas buté, dis moi que c'est pas vrai, par pitié.

Dix sept. Dix sept coups.

Nos  quinze ans.   Je te vois, là, face à moi. On sirote des cocas dans ce petit bar  tranquille. Je glisse une pièce dans le juke box pour relancer pour la troisième fois ce titre de Queen : « Show must go on ».
Nos  vingt cinq ans. Je te vois là,  en dehors de moi. Tu plonges la lame dix sept fois. Dix sept fois. Je l'ai répété, épelé, scandé, combien de fois ? Des dizaines, des centaines  de fois ?

Dix sept  fois.

On a presque trente ans. Je ne te vois pas, là-bas. Je ne te vois pas.

Ta mère, elle pleure. Il y a longtemps, elle m'a appelée. Elle croit encore que je serai là pour te sauver, moi que tu as toujours aimé. Les hommes je  les aime mal, tu  sais.  Amis, c'est ce qu'on a été. Avant quand tu  déconnais je rappliquais. Tu sais, je suis fatiguée, je sais plus aider.  Hier j'ai pensé à toi. Avant-hier j'ai pensé à toi. Demain j'ai pensé à toi. Toujours martèle le cortex.
Les gens comme moi me font bien rigoler, les  bien pensants, dégoulinants de bons sentiments, qui, parce qu'ils ont lu des livres débarquent avec leur code de moralité et leurs solutions toutes trouvées.

  « Tu viendras au procès ? » ; « Bien sûr, je serai là, tu peux compter sur moi. » Vas y, compte pour voir, sors ta Gold  et tapote mes grammes de courage. T'as rien à sniffer ? Vois la belle amie que je suis. Vois la fidèle complice qui te suit. Les lettres, elles pourrissent dans ma tête, moisissent dans mon tiroir. 

« Tu sors quand ? Dis, tu sors quand ? ».  Dis-moi que je serai là parce que moi, je ne me crois plus.Tu vois, les belles leçons je les apprise, mais je sais plus les réciter.Tout ça  roule dans ma tête, la nuit, quand j'attends l'aurore, et  je tourne,  et je fais tourner.  Bad trip tu sais. On  dit toujours qu'on se laissera jamais tomber. C'est mauvais de jurer

L'autre elle aussi, tu la connais,  pendant dix ans elle s'est faite baiser. Quand j'ai eu dix sept ans, elle a voulu me dépuceler : « Allez, prends un quart, juste un  quart ». Je vous emmerde avec vos putes de cachets. Moi je suis folle sans m'être jamais défoncée. J'aurais toujours des dents pour sourire à mon enterrement. Je me ferais pas bouffer pas les pores.

Parfois, j'en vois, ils gobent, ils reniflent, ils mâchent. Ils te regardent d'un air supérieur, petits vantards so hype, so dirty, avec leurs pupilles dilatées. Toi   t'es qu'une nitouche pour eux, une putain de moralisatrice, t'es qu'une idiote car t'as jamais touché.

 Je l'ai eu mon trainspotting mon pote. Le trip de ma vie on me l'a offert : dix sept coups qui martèlent mon  cortex. Ca m'a à demi tuée.  Et ces flash-back d'acide, ils restent là.

  Fuck les concubines.

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Un clin d'oeil toutes les trois secondes.

Et 21 grammes.

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Cette nuit.

Une fête, puis une autre.
Lui est réapparu et m'a emmenée dans cet  endroit du XX ème, trois étages,  une foule de gens, des percus, des cuivres, des cordes, du son dans toutes les pièces.


Dehors, la voie ferrée.

Cette fille, là-bas, le crâne rasé, ventre nu, elle danse.
Une autre, peau épice, cadence avec férocité, lignes du visage dessinées à l'égyptienne, sculpture mouvante. Divine.
Melting pot : costards, rastas, tech people, human metal. 
 
Dans ce canapé zébré.

Je ne veux toujours pas de toi. La fumée de tabac. C'est tout ce que tu auras de moi.
Tu me dis trop  fière, idéaliste, égoïste, rigide ? Tu as oublié passionnée.


Ecoute le son des gens  et garde tes si beaux yeux bleus pour les autres.

Un homme, deux hommes, trois hommes. Rien à brader.  

Cette  baignoire. La matrice est vide, elle brille d'être remplie. De vrai.


 

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Hier, ce passage là était vraiment .bien

Un boulevard  du XIéme.
J'avance, musique en tête, pensive. Le cœur des Hommes.

Je l'ai croisé. L'inconnu. La tête ailleurs.
Il s'est approché, maladroit, à ma hauteur :
« Vous auriez  une cigarette ? »
« Bien sûr. Sers-toi. »
Il m'observe. Silence. Il  s'éloigne.
Trouble.

J'ai  traversé le Boulevard.
Il m'a rattrapée : «  Je suis désolé de vous dire ça mais vous êtes très belle ».
J'ai souri. Puis j'ai ri : « J'ai rendez-vous, je suis pressée. »
Un autre regard. Silence.Fuck. On va le prendre ce café.

Il est grand, mince. Maigre ? Une besace chocolat,  vieillie, en bandoulière. Des jeans. Une veste militaire. Sur l'épaule,  une croix ou bien peut-être une tête. De mort. Le cheveu brun,  la frange qui glisse sur l'œil. Des yeux bleus pâles encadrés par une armature noire. Le nez long, fin, dessiné. 

Ses lèvres.

On s'observe. 

Il écrit. Un roman déjà. Et puis un autre. Il parle avec parcimonie, douceur.
Je calque son langage.
ll me parlera  de l'économie des mots, du danger de l'ornement dans l'écriture, de la facilité des figures de style. De la fragilité des ressentis. D'auteurs que je connais, d'autres que j'ignorais. De l'instant, de cet instant   où tout bascule. Point break. Des facteurs qui plongent un individu hors  normalité. C'est quoi la normalité ?
De synopsis, de squelette d'une histoire. De la difficulté de laisser son personnage  évoluer indépendamment  de soi.
Plages de silence.
Nous sommes des funambules.

« Comment je te retrouve ? »
 Magwann. Cherche Magwann. Sourire. Je m'échappe vers la bouche de métro.

Et puis cette  pression sur mon bras. Un volte face.  Un baiser. Il m'a volé un baiser tendre, furtif, délicieux.  « Je suis désolé de tout gâcher mais j'en avais très  envie ». Il s'enfuit.
Un éclat de rire,  un éclat de folie, un éclat de vie.
Ce  texto à une amie : « j'aime la vie ».


Rideau. Métro. 

Je retrouve l'ami. Tout est tellement précis, à sa place, en ordre chez lui. Le temps se fige. Des partitions, des livres, de la musique. Il chante l'Opéra, c'est ce que j'aime chez lui.
Parfois il m'invite là-bas. Et je pleure.
Tiens, le piano a disparu. Vin rouge.

Ce soir  il  lit Prima Donna.
Il  me dit que j'ai pris du poids et qu'il  adore ça.
J'enrage.  C'est moi ta Prima Donna : égocentrique, déraisonnable, irritable, vaniteuse.

Peux-tu te passer de moi ?

 

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Réveillée brutalement cette nuit.

2h22

 

Je suis restée interdite, fascinée par cette suite de 2.Deux-deux-deux.

 

Pourquoi toujours deux ?

 

Et puis ce brusque besoin d'écrire, jusqu'à 5h .Le sommeil m'écrase et m'emporte à nouveau jusqu'à midi.

Après.

Je  me suis laissée entraîner par la douce paresse des jours sans impératif. Volent au vent la famille, le travail, les amis, la politique, le monde,  les maladies. Je songe, allongée sur mon lit, l'édredon sous ma nuque assis,  le volet entrouvert.

 

Filet de lumière.

 

J'observe les bruits de la vie. Je rêve couleurs, musique, poésie. Je m'assoupis. Pas si quiète la vie.

Etrange chez toi l'autre fois. A califourchon sur mes reins, tu tapotes  mes  fesses comme un enfant son ballon. Tu ris. Je souris. Tu glisses ta main sur ma cuisse, je me crispe. Fronce la jupe. Bronchent les sourcils. Je n'ai plus ce désir de toi. C'était avant. Deux chairs en accord majeur, deux cortex en dissonance. Mélodie improbable. Savoir n'être qu'un corps ? Gommer l'esprit parfois ? Non. Il est temps. Je  rentre chez moi. Je t'ai aimé. Et toi ?


Ok. Pose le stylo. Décroche les douleurs. Accroche tes  couleurs. Vite. Plus de terre ni de toile. Shit. Trop tard. Fouille le support  chez toi.  Pourquoi pas la boite à pizza ? Les pigments  glissent, la bouillie de papier régurgite.  Cette plaque de bois, là.  Noire.  Monochrome parfait. Mais n'y touche pas, ne la dénature pas. Pose-la au sol.

Tourne autour de toi, écoute les objets, intrigués, dans leurs atomes industrialisés. Invite-les, eux qui  t'observent et  n'attendent que ça. Amuse-toi, déplace-les,  fais-les tourner. Tu vois, c'est facile. Tu es lassée, fini de jouer ?  Replace-les dans le rang avec tous ces  ballons  qui attendent d'être emportés.

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Terre abîmée  d'avant, je t'ai retrouvée, en poussière, toute éraflée.
Le tour de toi, crâne fracassé, visage fermé.

Tu n'es pas belle, tu fais semblant de poser. Poche béante en dedans.
Martèle, martèle, le corps ouvert.

Crains, chair d'homme : le sein est plein, la tête tronquée.

Lui, s'il  veut te percer, c'est en pleine tête qu il doit cogner, qu'il t'empiffre  avec ses mots.
Caresse la peau de ton encre humide, introduis cette cavité. Coit verbal.
Tu veux la mater la terre fertile ? Cette Gaia est sèche du fond.
D'autres avant toi l'ont dégueulée.
Déserte. Prends le temps de déserter.

N'avale pas la ciguë, elle est  sucrée.

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Il y a un an je suis morte moi aussi.


Tu t'es barrée  en juillet. Quel jour déjà ? J'en sais foutrement rien. Je ne sais plus, tu sais. Je ne sais plus.  J'ai enterré tant de  choses cette foutue année. Je n'arrive toujours pas à effacer ton putain de numéro de portable. Pas tout à fait folle pour le composer, pas tout à fait résignée pour le supprimer. Quel jour tu t'es giclée ? Quel jour déjà ?  Dis-moi.  Combien de cris. Combien de cris. Et cette rage qui me bouffe la tête  encore aujourd'hui, hier, ce soir, demain, combien de temps encore ? Je ne suis plus tout  à fait moi. Emmurée, j'ai muté,  cramé. Je crois que je n'aime plus juillet. Bête enragée, traquée par ton absence, perdue dans les couleurs et la terre. Souvent je t'ai cherchée dans les rues de Paris, parmi les autres, une silhouette, une chevelure, un rire, des yeux. Obsession. Tu as fait de moi une morte vivante depuis Juillet.. 

Macchabées.

Mois d'insomnies,  premières rides de vie, les rouges que je fume à en saigner, les questions qui tournent sans cesse. Armée d'aiguilles.
Dans la terre je creuse  ton visage, mon visage  Fixer les traits.

Je t'ai écrit une lettre cet hiver. Tu ne m'as pas répondu :

 « A donf ! » je te disais. « Il faut vivre à donf ! ». « Rien à foutre du qu'en dira t-on, agrippe tes rêves, vis ta folie ! »
La vie est partie, chassée par ta folie.

 Pour d'obscures raisons, tu te perdais en éloges  sur ma boulimie de vie et la régularité de mes traits. Moi, ton Idole. Tu voulais briller. Tu me voulais  spectatrice  unique de ta réussite : séance privée, invitation VIP, loge d'honneur de ton succès. Tes papiers t'avaient rendue célèbre, les charognards en mal d'identité s'arrachaient tes  livres par milliers. Tu le jurais.
Enfin je pourrai à mon tour t'admirer...Tu l'espérais.
Sombres connes.

Tes mots.
Tes maux que  je n'ai pas su déchiffrer, écriture champollionesque asphyxiée par  tes délires schizophréniques. Tes papiers virevoltaient telles  des guêpes sans ailes  pour s'échouer dans les méandres de tes phantasmes.

Glacée, je te disais : « Tout ça n'est pas réel. C'est dans ta tête ».


Pauvre folle.

Cannibale de ta propre vie.

 Soudain  tu me  haïssais, tu crachais que j'avais changé, que mon  cœur était creux  et sec. Que j'étais vulgaire  et dégénérée, moi, ton  icône déchue, avilie par le lit des hommes. Me désirais-tu ?

Alors, à  tous, j'ai hurlé : « Elle  est  folle ! S'il vous plait ! Elle est en danger ! Sauvez-la ! » . Ma voix a détruit  ce jour ton paradis rêvé et laissé échapper aux yeux de tous  les blattes  infectes   de ton cerveau malade. J'ai jeté ton masque aux fauves sanguinaires de réalité.
Tous m'ont condamnée : « Chut ! Tu mens ! ». Forcément.
Dans l'arène ils m'ont  jetée. J'avais sali  leur  Reine.
Dans la fosse je t'ai précipitée. Traîtresse que je suis.  Mauvais public de  ton roman.

Le pus de mes remords suinte dans cette gorge qui t'a tuée. Car  la machine infâme avait pris place et s'emballait perfidement, écrasant un à un les dominos  de ton esprit et de tes vies.


Quand le bois qui te portait s'est enfoncé dans la terre, aucun ne m'a fixée. Mes yeux criaient sourdement : « Assassins ! ». Vain oxymore, puisque nous tous, juges et coupables.

 Verrou sur ma douleur.       
                                                                                      
Sur ce lit, à l'aube,  tu crèves, diaphane, les cheveux collés de ta sueur aigre. La chimie et l'alcool serpentent doucereusement  dans ton sang tiède. Quelques veines tressautent. 
Après, ton corps est froid. Les chairs pourries,  bouffées  par les grouillants, transpercées par les racines. Triste  rutabaga desséché.

 N'aie pas peur. J'ai cuisiné une tarte à l'ail pour repousser les vampires, les zombies et les fauves. Ne tremble pas.  Je pose  une bouillotte sur ta poitrine, là, tout près de ton cœur. Tu veux écrire ? Donne-moi ta main que je la réchauffe. Tu  ne parviens pas à achever ton texte ? Signe-le simplement, morte vivante, et souffle-moi un peu de ton encre pour tacher le blanc du papier.
 Je leur dirai à tous que tu avais du talent  et que tes maux me font toujours pleurer. »

 

 

Aujourd'hui je reviens à moi. Ma Morte, je t'enterre  pour de bon.

Août. Bientôt,

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Tu t'endors sur la  vague métallique
Tu n'as pas de visage, tu n'as pas de couleur
Tu t'endors  sur la vague  métallique
Tu creuses un espace entre ton bras et ton cœur
Tu ne veux plus de ce corps que tu abhorres
Tu peins ta chair en blanc.  Elle se mue en pansements.
Liée, emprisonnée.
Tu disparais.